« Puisque tu te comportes comme un animal de gouttière, tu vas dormir dans la niche des chiens aujourd’hui ! » hurla Chloé. Sans la moindre once de pitié, elle renversa délibérément le contenu de sa coupe de champagne glacé sur la tête grisonnante de Madeleine. Le liquide coula sur le visage de la vieille femme, qui baissa la tête, humiliée jusqu’au plus profond de son âme, tandis que les rires mesquins des jeunes femmes bourgeoises résonnaient dans le jardin.
Personne n’avait remarqué l’homme figé dans l’ombre du muret à seulement 5 mètres d’elles. Personne ne pouvait imaginer l’ampleur du cataclysme qui était sur le point de s’abattre sur cette maison.
PARTIE 2
C’était comme si une bombe thermonucléaire venait d’exploser dans la poitrine de Luc. La douleur fulgurante de la trahison se mua instantanément en une rage destructrice, noire et absolue. Ses mains perdirent toute force, laissant échapper la précieuse boîte dorée de la pâtisserie. Les 6 éclairs au chocolat s’écrasèrent misérablement sur les dalles de pierre, le bruit sourd attirant brusquement l’attention des femmes.
« QUE FAIS-TU À MA MÈRE ?! »
Le rugissement de Luc déchira l’air, résonnant à travers tout le domaine avec la puissance d’un coup de tonnerre. C’était la voix d’un homme dont l’âme venait d’être mutilée. Chloé sursauta violemment. La coupe en cristal échappa de ses doigts manucurés. CRASH ! Le verre se brisa en mille morceaux sur le ciment, près des pieds nus de Madeleine. Lorsque Chloé tourna la tête et vit Luc se tenir dans l’allée, les poings serrés à s’en faire saigner les paumes, les yeux injectés d’un rouge terrifiant, tout le sang déserta son visage. Elle devint livide, pâle comme un cadavre.
« L-Luc ?! Mon amour ?! M-Mais… j-je croyais que tu étais dans l’avion pour Genève ?! » balbutia Chloé, la voix étranglée par une panique viscérale. Elle tenta de courir désespérément vers lui, agitant les bras. « T-Tu as mal compris ! J-Je t’assure ! T-Ta mère refusait d’obéir, elle était agressive— »
Luc ne lui laissa pas le temps de prononcer un mensonge de plus. Avec une rapidité foudroyante et une force qu’il ne se connaissait pas, il leva la main et abattit une gifle monumentale sur la joue de son épouse. Le claquement sec retentit comme un coup de feu. Le choc fut si violent que Chloé perdit l’équilibre et s’effondra lourdement dans la boue et l’herbe mouillée, sa robe de créateur instantanément souillée. Les 3 amies mondaines, pétrifiées par la scène, poussèrent des cris de terreur aiguë avant de s’enfuir en courant vers le portail, trébuchant sur leurs talons aiguilles hors de prix, telles des lâches fuyant un navire en perdition.
Luc ne prêta aucune attention à la femme à terre. Il se précipita vers sa mère. S’agenouillant dans la saleté, il retira immédiatement sa luxueuse veste de costume en laine sur mesure et enveloppa les frêles épaules de Madeleine. Il pressa le corps tremblant, froid et mouillé de sa mère contre son torse, la protégeant du monde entier.
« Maman… pardonne-moi. Je t’en supplie, pardonne-moi de t’avoir laissée seule avec ce démon… » pleurait Luc à chaudes larmes, son visage enfoui dans les cheveux gris de la personne la plus importante de son existence. Lui, le redoutable homme d’affaires qui ne flanchait devant aucun milliardaire, pleurait comme un petit enfant.
« M-Mon fils… s’il te plaît, ne te fâche pas contre ta femme… » murmura Madeleine d’une voix faible, levant une main tremblante pour essuyer les larmes de son fils. Même dans l’horreur absolue, son cœur de mère cherchait à préserver la paix de son enfant. « C-C’est de ma faute. C’est comme ça depuis 6 mois… dès que tu pars en voyage d’affaires, elle me met ici. Je me suis habituée… l’important, c’est que tu sois heureux avec elle… »
Cette révélation fut le coup de grâce. 6 mois. Depuis 6 mois, pendant qu’il parcourait le monde pour bâtir un empire censé les mettre à l’abri du besoin pour toujours, la femme qu’il aimait martyrisait celle qui lui avait donné la vie. Luc ferma les yeux, avalant la bile qui lui brûlait la gorge. Lorsqu’il se releva, toute trace de tristesse avait disparu de son regard, remplacée par une froideur glaciale, celle d’un juge s’apprêtant à prononcer une sentence capitale.
Il baissa les yeux vers Chloé. Elle était toujours à genoux sur le gazon détrempé, tenant sa joue rougie, le maquillage coulant sur son visage parfait, pleurant à chaudes larmes.
« Luc, je t’en supplie ! Je suis ta femme ! Nous sommes une famille ! J’ai juste paniqué à cause de mes amies de la haute société ! Elle sentait mauvais, j’avais terriblement honte d’elle ! Pardonne-moi, c’était une erreur stupide ! » implora-t-elle en rampant dans la boue, essayant de s’agripper aux chaussures en cuir verni de Luc.
« Honte ?! » cracha Luc d’un ton si glacial que l’air sembla geler autour d’eux. Il recula d’un pas sec pour éviter que les mains sales de Chloé ne le touchent, la regardant comme on regarde un insecte nuisible. « La seule chose honteuse dans ce domaine, c’est ta misère morale, la pourriture noire qui te sert de cœur. »
Sans la quitter des yeux, Luc sortit son téléphone portable et composa un numéro.
« Chef de la sécurité. Amenez tous les gardes du domaine immédiatement dans la cour arrière. C’est une urgence absolue. »
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