Il était censé se trouver à trois mille mètres d’altitude, en route pour une conférence à Genève.
Il était censé être absent, laissant la maison libre pour que la nouvelle nounou révèle sa véritable nature.
Laurent détestait l’incertitude.
Depuis la mort de son épouse, sa vie était devenue une grille d’horaires, de règles et de silences imposés.
Il avait renvoyé quatre nounous en six mois : l’une pour être arrivée cinq minutes en retard, une autre pour avoir utilisé son téléphone en nourrissant les jumeaux, une troisième simplement parce que son rire lui semblait trop strident pour une maison en deuil.
Mais celle-ci, Élodie, était une énigme. Trop jeune, trop inexpérimentée et, selon Madame Germaine, sa gouvernante de confiance, bien trop vulgaire pour les standards de la famille.
« Je vous le dis, monsieur, quand vous n’êtes pas là, cette fille fait des choses étranges », lui avait chuchoté Germaine ce matin-là avec cette expression de fausse inquiétude que Laurent interprétait comme de la loyauté.
« Les enfants ne pleurent pas, monsieur, et ce n’est pas normal. Les enfants pleurent toujours. S’ils ne pleurent pas, c’est qu’elle les drogue ou qu’elle leur fait peur. »
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