PARTIE 2
Damien passa une main nerveuse dans ses cheveux, le corps secoué de légers tremblements.
— J’ai juste besoin de lui expliquer… Je ne voulais pas qu’elle découvre la situation de cette manière.
— Tu as eu 8 mois pour lui dire la vérité, rétorqua-t-elle, implacable. Moi, ce dont j’ai besoin, c’est de clarté : vas-tu assumer ton rôle de père, ou comptes-tu n’apparaître que lorsque cela t’arrange pour sauver ta propre image ?
Le bruit sec de pas pressés résonnant dans le couloir mit brutalement fin à leur échange. L’infirmière de garde passa la tête par l’entrebâillement de la porte, le visage empreint d’inquiétude.
— Madame, murmura la soignante. Il y a une jeune femme très agitée qui demande à vous voir à l’accueil du service. Elle prétend s’appeler Camille…
L’air dans la petite chambre d’hôpital sembla soudainement se raréfier, devenant lourd et irrespirable. Valérie sut instantanément que si cette Camille franchissait le seuil de cette pièce, le chaos s’installerait et rien ne serait plus jamais pareil. L’intimité sacrée de la naissance de son fils serait à jamais souillée par ce vaudeville pathétique. Il fallait agir, et vite. Elle ne laisserait pas Damien dicter les règles du jeu.
Elle décida de prendre les choses en main, avec la froide détermination d’une mère qui protège son petit.
— Dites-lui de patienter dans le salon des familles, au bout du couloir, ordonna Valérie à l’infirmière avec 1 calme olympien. J’y serai dans 10 minutes.
Damien la dévisagea, les yeux ronds, totalement incrédule.
— Tu… tu vas vraiment lui parler ? balbutia-t-il, incapable de cacher sa terreur.
— Je vais surtout éviter qu’elle ne se mette à hurler au milieu des nouveau-nés, trancha-t-elle. Et je vais lui dire l’exacte vérité. Ni plus, ni moins.
Ignorant la douleur fulgurante qui lui traversa le bas-ventre, Valérie enfila lentement sa robe de chambre pardessus son pyjama d’hôpital. Elle demanda doucement à l’infirmière de garder 1 œil attentif sur Émile, puis elle s’engagea dans le couloir aux murs d’un blanc stérile. Ses pantoufles glissaient silencieusement sur le linoléum. Arrivée dans le salon des visiteurs, une petite pièce éclairée par des néons blafards et meublée de fauteuils en skaï usés, elle aperçut Camille. La jeune femme se tenait debout, raide comme un piquet, le téléphone serré à s’en blanchir les jointures, les yeux rougis et gonflés par les larmes. À l’instant où elle aperçut Valérie, elle ne s’embarrassa d’aucune formule de politesse.
— C’est vous, Valérie ? lança-t-elle d’une voix rendue aiguë par la détresse. Dites-moi tout de suite si cet enfant… si c’est le bébé de Damien.
Valérie soutint son regard sans ciller. Il n’y avait aucune haine en elle, seulement 1 immense épuisement et 1 besoin viscéral de vérité.
— Oui, répondit-elle simplement. Il s’appelle Émile. Il est né ce matin même, à l’aube. Et Damien est bel et bien son père biologique.
Camille déglutit péniblement, vacillant sur ses talons comme si elle venait de recevoir 1 coup de poing en plein estomac. Elle pivota brusquement vers Damien, qui venait de faire son apparition dans l’encadrement de la porte, l’air pitoyable et fuyant.
— Tu m’avais juré qu’il n’y avait plus rien entre vous ! hurla-t-elle, laissant éclater sa douleur. Tu m’as regardée dans les yeux pour me certifier que ton passé était définitivement clos, qu’il n’y avait aucun bagage !
Damien fit 1 pas en avant, tendant les mains dans 1 geste d’apaisement désespéré.
— Mon amour, je t’en prie, laisse-moi t’expliquer…
Mais Valérie leva 1 main ferme, l’arrêtant net.
— Tais-toi, Damien. Laisse-la s’exprimer. C’est toi, et toi seul, qui as provoqué ce désastre par ta lâcheté.
Camille se tourna de nouveau vers Valérie, le corps tendu à l’extrême, la méfiance se mêlant à la détresse dans son regard.
— Et vous ? cracha-t-elle. Quel est votre but ? Vous voulez de l’argent ? Une pension exorbitante ? Vous cherchez à ruiner le plus beau jour de ma vie par jalousie ?
1 long soupir las s’échappa des lèvres de Valérie. Elle se sentait vieille de 100 ans.
— Je ne veux rien d’autre que la paix et la responsabilité, répondit-elle d’une voix posée qui contrastait violemment avec l’hystérie ambiante. Pendant que vous passiez vos week-ends à choisir des compositions florales et 1 traiteur pour votre réception, je portais cet enfant seule, et j’accouchais. Que vous vous mariiez ou non, cela m’est totalement égal. Ce n’est pas mon combat. Mon seul et unique combat, c’est qu’Émile ait 1 père qui assume sa présence, avec 1 cadre légal strict, des dates de visite respectées et des obligations financières honorées.
1 silence de plomb s’abattit sur la petite pièce. Les mots de Valérie, dénués de toute agressivité mais chargés d’une vérité implacable, semblèrent briser l’armure de Camille. La jeune mariée baissa les yeux vers le sol. Pendant 1 fraction de seconde, la colère disparut de son visage pour laisser place à une tristesse infinie et dévastatrice.
— Je vous jure que je ne savais rien, murmura-t-elle, la voix brisée. Personne dans son entourage n’a osé me prévenir. Je vivais dans le mensonge total.
— Je m’en doute, répondit Valérie avec une douceur inattendue. Et vous ne méritiez certainement pas d’apprendre l’existence de cet enfant par 1 vulgaire photo envoyée anonymement sur votre téléphone.
read more in next page