J’ai revu le petit garçon qu’il était. Celui qui courait vers moi en riant. Celui qui s’endormait sur mon épaule.
Mais l’image a disparu.
Remplacée par celle de la veille.
Ses mains.
Ses coups.
Son regard froid.
J’ai fermé les yeux un instant.
Puis je les ai rouverts.
— “Tu l’as déjà fait.”
Il a reculé, comme frappé par ces mots.
— “Je… j’étais énervé…”
— “Trente fois.”
Il a baissé les yeux.
Sa femme, elle, a changé de ton.
— “Bon, ça suffit. On va trouver une solution. On peut rester quelques jours, non ? Le temps de s’organiser.”
Je n’ai pas répondu tout de suite.
Puis j’ai dit :
— “Non.”
— “Comment ça, non ?!”
— “Vous avez jusqu’à ce soir.”
— “Mais on n’a nulle part où aller !”
Je l’ai regardée droit dans les yeux.
— “Moi non plus… hier.”
Ces mots ont coupé court à toute discussion.
Les heures qui ont suivi ont été… étranges.
Ils ont commencé à rassembler leurs affaires. En silence.
Plus de cris.
Plus d’ordres.
Juste… des gestes rapides, désorganisés.
La peur avait remplacé l’arrogance.
Je suis resté assis dans un coin.
À regarder.
Pas avec haine.
Pas avec plaisir.
Juste… avec une fatigue immense.
Vers midi, mon fils est venu s’asseoir en face de moi.
Longtemps, il n’a rien dit.
Puis, d’une voix basse :
— “Pourquoi t’as pas parlé avant… ?”
Je l’ai regardé.
— “Parce que j’espérais que tu comprendrais sans que j’aie besoin de le faire.”
Il a serré les poings.
— “J’ai… j’ai fait une erreur.”
Je n’ai pas répondu.
— “Je vais changer.”
Le silence.
— “Je te promets.”
J’ai fermé les yeux une seconde.
Combien de fois avait-il déjà promis, plus jeune ?
De travailler mieux.
De faire attention.
D’être respectueux.
Les promesses… sont faciles.
Mais les actes…
Je me suis levé lentement.
— “J’espère.”
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